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La recette Uber contre le chômage, titraient Fanny Guinochet et Cyrille Lachèvre, journalistes à l'Opinion, le 20 décembre 2015.

L'article réagit sur un sondage Ifop qui montre que pour 92% des chauffeurs Uber, leur activité contribue à la réduction du chômage.

François Hollande a promis pour le 18 janvier des mesures chocs contre le chômage, jamais aussi haut depuis 1997 (10,6 % de la population active). Le début de l’année 2016 sera marqué par des textes visant à simplifier le Code du travail, mais aussi à relancer l’activité… Un traitement de fond suffisant ? Le débat sur un « pacte républicain » pour l’emploi agite la classe politique et divise les partenaires sociaux. Un sondage mené auprès des chauffeurs d’Uber, dont l’Opinion révèle le contenu, met en valeur les opportunités de l’économie dite collaborative.

Un quart des chauffeurs travaillant pour Uber pointaient au chômage avant de débuter leur activité. C’est ce que révèle le sondage Ifop mené pour la société Uber (1). Parmi ces 25 %, 43 % étaient sans emploi depuis plus d’un an, appartenant à ces chômeurs de longue durée que le gouvernement tente coûte que coûte de ramener vers le travail (près d’un demandeur d'emploi sur deux l’est depuis plus d’un an, soit près de 2,6 millions de personnes sur les 5,5 millions inscrits à Pole emploi).

Pour 92 % des chauffeurs interrogés par l’Ifop, « Uber contribue à la réduction du chômage en France ». Cette réponse, aux allures de plébiscite, n’a rien d’étonnant, quand la compagnie californienne estime que 85 % d’entre eux ont moins de 35 ans. Il n’y a qu’à se rendre dans le 19e arrondissement de Paris, dans le centre de « recrutement » d’Uber, pour voir que les postulants cumulent la plupart des handicaps pour décrocher un job : hommes, jeunes, sans qualification. Et les chômeurs issus de l’immigration ont, en plus, quatre fois moins de chance de décrocher un entretien d’embauche…

Faute d’accéder au sacro-saint CDI, cette population se tourne vers de l’emploi indépendant, et travaille avec ces plateformes numériques qui en échange de les mettre en relation avec des clients via une application smartphone, leur prélève 20 % du prix de leur course. Et des économistes comme Augustin Landier estiment que les plateformes numériques seront un moyen de réduire le déficit d’emplois de services, occupés par des personnes peu qualifiées. Uber, un modèle pour faire reculer le chômage ?

Une forme d’insertion, selon Macron. Au sein du gouvernement, Emmanuel Macron est un des rares à oser admettre que le développement de cette économique dite collaborative peut être une alternative pour ceux qui ont du mal à trouver une place dans le système. « Dans la situation qui est la nôtre, le travail indépendant, l'entreprenariat, c'est une forme d'insertion. Pour beaucoup de jeunes qui n'arrivent pas à avoir un entretien d'embauche, l'entrée dans la vie professionnelle, elle peut et elle doit pouvoir se faire par ce biais », expliquait le ministre de l’Economie devant les artisans le 8 décembre encore.

Plusieurs points de sa loi Noe, qui pourrait être fusionnée avec la loi travail portée par Myriam El Khomri, ont vocation à développer « l’uberisation » de l’économie. Un important volet devrait concerner la formation et les qualifications. De quoi contenter les chauffeurs Uber, dont 55 % disent avoir choisi de travailler avec les applications type Uber « pour acquérir de nouvelles compétences pouvant être utiles dans le futur ». Près de 72 % des sondés estiment que « le fait d’avoir travaillé avec Uber leur a permis de constater une amélioration de leurs compétences professionnelles. »

Système de notation. Le ministre de l’Economie souhaite en finir avec la primauté du diplôme et veut universaliser le système de notation existant pour les chauffeurs d'Uber ou encore les propriétaires d’Airbnb. Ainsi, un jeune passant un entretien d'embauche pourrait faire valoir ces notes comme gage de son expérience mais aussi de son sérieux dans la gestion de la clientèle. « Il y aurait un double bénéfice, a insisté le ministre. Le consommateur pourra accéder à des services à moindre prix et cela créera des opportunités nouvelles pour ceux qui sont loin de l'emploi ».

Pour Grégoire Leclercq, fondateur en octobre de l’Observatoire de l’uberisation, qui a pour vocation d’analyser « cette tendance lourde qui bouscule tous les secteurs de l’économie, puisque des plateformes se créent dans les services juridiques, l’esthétique, la coiffure, l’immobilier, les services aux entreprises, l’hôtellerie, la restauration, la livraison de paquets, etc. », l’impact sur l’emploi est encore difficile à évaluer : « Au début, l’uberisation détruit des postes, mais elle en crée aussi, puisque les consommateurs renouent avec des services dont ils s’étaient détournés. On le voit, il y a des consommateurs qui ne prenaient plus de taxis, car ils estimaient que le service était trop cher, sans qualité, et qui y sont revenus avec Uber. »

Et Grégoire Leclercq d’ajouter : « Ce qui est déroutant pour beaucoup, c’est que si l’uberisation crée de l’activité, du revenu, cela ne crée pas des emplois salariés, ou très à la marge. » De quoi percuter les fondamentaux de notre modèle social français basé sur le salariat. Pour autant, plusieurs études montrent que l’ubersiation ne signe pas la fin du salariat, comme certains l’annoncent.

Boulots low-cost ? Surtout, il crée un vrai dilemme pour les politiques. Quels avantages y a-t-il à encourager ces jobs, qui s’apparentent à des boulots low-cost et précaires ? Qui plus est quand les effets sur l’inversion de la courbe du chômage promettent d’être marginaux ? « En réalité, la vraie question, résume un conseiller ministériel, c’est de s’assurer que ceux qui bossent avec ces plateformes aient une quotité de travail suffisante pour qu’ils sortent de Pôle emploi. Or, actuellement, on en est loin ». D’ailleurs, 75 % des chauffeurs interrogés le reconnaissent, Uber est avant tout un complément de revenus - que ce soient des allocations ou du salaire. Près de 87 % vantent la flexibilité et la liberté que leur offre cette façon d’exercer, tant en termes d’agendas que d’indépendance vis-à-vis d’un patron.

Mais, les mécontentements pointent aussi. En témoigne, la manifestation qui a réuni, vendredi, quelques centaines de chauffeurs de plates-formes VTC aux abords des aéroports de Roissy et d’Orly, réclamant un revenu minimal et un meilleur encadrement de leurs tarifs. En novembre, le premier syndicat, hébergé par l’Unsa avait vu le jour.

En janvier, dans le cadre de son plan de lutte contre le chômage, le gouvernement tentera de mettre un peu d’ordre dans cette activité. L’objectif étant d’encourager cette économie du partage, tout en la régulant, afin de garantir des conditions de travail acceptables, et de faire en sorte qu’elle n’échappe pas au fisc. En octobre, Matignon a demandé au député PS Pascal Terrasse de lui remettre un rapport en début d’année. De son côté, l’Igas a lancé une mission et devrait rendre ses conclusions en février. Au ministère du travail, on réfléchit à la façon de créer des droits pour ces indépendants, notamment via le compte personnel d’activité, ce dispositif dont François Hollande a présenté comme « la grande réforme sociale du quinquennat ».


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Animé par des entrepreneurs, ce nouvel observatoire doit permettre de produire des propositions, et de relever les défis de nature sociale, fiscale et économique soulevés par l'uberisation de l'économie.

« Changement rapide des rapports de force grâce au numérique» : telle est la définition de "l’Uberisation" - du nom de la plateforme américaine de mise en relation entre particuliers et chauffeurs privés -, mise à la une du site de l’Observatoire de l’Uberisation ... Ce nouveau dispositif a vu le jour au début du mois d’octobre 2015, lancé par Grégoire Leclercq, président de la Fédération des autoentrepreneurs, et Denis Jacquet, président de l’association Parrainer la Croissance.

Une révolution numérique ... et fiscale

Pour animer leur Observatoire, les deux fondateurs sont accompagnés d’une vingtaine de personnalités, entrepreneurs, politiques et experts, aussi divers que l’anthropologue Pascal Picq, le député Laurent Granguillaume (auteur du rapport sur la simplification des régimes juridiques, sociaux et fiscaux de l’entrepreneuriat individuel), ou le créateur de KissKissBankBank Vincent Ricordeau.

Que vont-ils faire ? D’abord analyser le phénomène qui touche un grand nombre de secteurs, des taxis aux restaurateurs en passant par les avocats, les banques et les notaires. Et ce n’est pas fini : d’autres services sont en voie d’uberisation rapide. Toutes ces nouvelles activités, notamment celles fondées sur la sous-traitance, comme Uber, font travailler des milliers de travailleurs indépendants qui choisissent souvent le statut d’autoentrepreneurs, tels les chauffeurs de la célèbre plateforme. Quel dialogue social doit-on construire entre les grandes plateformes et les indépendants qui y collaborent ? Doit-on revoir le droit du travail pour cadrer la relation entre les deux parties ? C’est l’enjeu social de l’uberisation. Par ailleurs, ces activités « disruptives » ne rentrent pas dans les standards de l’administration et sont accusées d’échapper à l’impôt. La révolution est numérique mais aussi fiscale. 

Six mois pour un livre blanc

Aménagement de la fiscalité, financement du système social, refonte du dialogue social … Sur tous ces sujets, «l’Observatoire se donne six mois pour faire des propositions sous la forme d’un livre blanc, indique Grégoire Leclercq. Le but n’est pas d’être pour ou contre l’uberisation mais d’accompagner la tendance plutôt que de s’affronter ». Il est vrai que le phénomène reste explosif car il remet en cause le modèle classique du travail salarié.
Cet Observatoire veut aussi avoir un intérêt pédagogique. Dans l’esprit de la majorité des français, les services uberisés facilitent la vie et font souvent faire des économies. Mais l’uberisation reste encore une notion floue, utilisée à toutes les sauces. Le site Internet de l’Observatoire qui a attiré environ 2.400 visiteurs uniques dès la première semaine, a au moins le mérite de vouloir clarifier le phénomène.


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Philippe Portier (Avocat aux barreaux de Paris, New York et Luxembourg, JeantetAssociés)

Les Français plébiscitent, à l’usage et par sondage, les percées de nouvelles formes organisationnelles d’une économie dopée au numérique. Les expérimentations se démultiplient dans des domaines aussi variés que le transport de personnes (le symbolique Blablacar, le polémique UberPop…) ou de colis (You2You, GoGoRunRun…), le « coavionnage » (Wingly), la finance (crowdfunding, Bitcoin…), la location de logements (AirbnB), le partage de livres (Booxup) ou de canapés (Couchsurfing)…

La liste est longue et la presse se fait l’écho journalier de cette vague sociétale qui bouscule les habitudes, les acquis, les rôles, les structures et le rapport à autrui, à la croissance ou à la propriété. Blablacar a réalisé en septembre une levée de fonds record de 200 millions de dollars (183 millions d’euros). Certains mènent cette révolution à coups de hache, pour l’« uberiser », prenant le risque d’être donnés aux lions, mais gagnant d’autant en notoriété et, in fine, sans doute, en parts de marché. Cynisme ? Réalisme ? Vision ?

Avant de porter sur tout cela un jugement d’ensemble sur cette révolution impulsée par la technologie, encore faut-il en définir les contours pour éviter les amalgames, et distinguer deux tendances, techniquement proches, mais économiquement différentes.

L’économie collaborative stricto sensu, s’appuie sur une mutualisation des biens, des espaces et des outils (l’usage plutôt que la possession, dans la logique de l’économie du partage), l’organisation des citoyens en « réseau » ou en communautés et l’intermédiation par des plateformes internet.

Économie uberisée

L’économie collaborative, dans un sens large, inclut la consommation collaborative (couchsurfing, covoiturage, etc.) mais également les modes de vie collaboratifs (coworking, colocation, habitat collectif), la finance collaborative (crowdfunding désintéressé) voire la production contributive (fabrication numérique, DIY, Fablabs…) et la culture libre (Wikipedia).

L’économie uberisée (la notion d’uberisation est notamment employée par l’Observatoire de l’ubérisation récemment lancé par des entrepreneurs), qui traduit l’émergence de professionnels d’un nouveau genre, concurrençant les modèles traditionnels grâce à la combinaison d’outils technologiques, communs à l’économie collaborative (les plateformes, les outils numériques et les objets connectés) et de l’autoentrepreneuriat.

Le premier modèle s’inscrit dans une dynamique non professionnelle, non concurrentielle et fondamentalement non lucrative, qui l’inscrit dans le périmètre non marchand de l’« économie domestique ». Les flux financiers, quand ils existent, relèvent du don (approche volontaire) ou de l’amortissement de frais (cas du covoiturage). Ils servent également à rémunérer les services de la plateforme de mise en relations de particuliers mutualisant leurs biens, leurs savoirs, leur temps : se rendant service, au sens non marchand du terme.

Le second modèle est en rupture, puisqu’il décrit un nouveau modèle d’entreprise horizontalisée, dématérialisée, idéalement sans salariés ni bureaux, capable de concurrencer les acteurs traditionnels via la mobilisation (par les technologiesnumériques) d’un grand nombre de prestataires, sans en assumer la charge.

Dans sa version extrême, l’économie uberisée s’affranchit également des monopoles : ceux des taxis, avec UberPop, des banques avec Bitcoin ou le crowdfunding en fonds propres ou encore des avocats avec Weclaim.

Risque de précarisation

C’est cette nouvelle forme de concurrence, semi-professionnelle, semi-régulée (voire pas), ultra-technologique, en réseau… qui inquiète le plus aujourd’hui. Le risque de précarisation sociale est souvent avancé, au risque de faire abstraction du choix des Français de diversifier leurs sources de revenus, de sortir du cadre traditionnel du rapport hiérarchique, honni semble-t-il, par les générations Y et suivantes….

Du côté des entreprises, comme l’indiquait Maurice Lévy, le patron de Publicis, en décembre 2014 au Financial Times : « tout le monde commence à avoir peur de se faire uberiser. De se réveiller un matin pour s’apercevoir que son business traditionnel a disparu ». L’économie uberisée, ou « capitalisme des plateformes », qui incarne une vision néolibérale de l’économie dans un pays traditionnellement rétif au libéralisme économique, soulève en conséquence des questions de société.

IL EST ESSENTIEL QUE, TOUT COMME POUR LE COVOITURAGE DE PERSONNES, DISTINGUÉ DU MODÈLE UBERPOP, NOS GOUVERNANTS CONTINUENT À DISTINGUER UBERISATION ET COLLABORATIF, DE MANIÈRE À PERMETTRE AUX PARTICULIERS DE MUTUALISER LEURS VÉHICULES POUR EN AMORTIR LA CHARGE OBLIGÉE

Or, s’il convient d’aborder ces questions sans œillères, ni tabou, il ne faut pour autant pas leur amalgamer celles afférentes à l’économie collaborative, qui relève d’une philosophie différente. Qu’attendre dès lors des pouvoirs publics s’agissant de cette économie collaborative qui se développe ? Certes, les enjeux sont d’importance, et nécessitent a minima une certaine neutralité, par exemple sur le plan fiscal, pour éviter les faux-semblants de la gratuité ou les excès du partage de frais, ou sur le plan social en évitant une nouvelle forme de salariat dérégulée.

Mais s’il s’agit d’éviter des effets d’aubaine, faut-il en outre dépasser cet objectif en protégeant les acteurs classiques – au nom d’une protection du citoyen-consommateur qu’il ne demande pas – grâce à un renforcement des réglementations propres aux secteurs concernés ?

Tradition bien française

Le cas du transport est topique : objet d’une réglementation lourde, le transport public de personnes ou de biens (réservé à des professionnels déclarés) aurait pu nuire à l’émergence de Blablacar, promoteur hier de l’auto-stop universel, aujourd’hui à la conquête du marché mondial, n’eut été une position favorable de la Cour de cassation en 2013, de la DGCCRF ensuite et du législateur enfin (la loi sur la transition énergétique l’ayant enfin légalisé en août 2015, s’agissant du transport de personnes).

Ce pragmatisme, inspiré par la logique écologique du concept (puisqu’une voiture doit accomplir un trajet, autant qu’elle soit remplie de personnes qui, à défaut, auraient pris un autre véhicule ou un autre moyen de transport), a été rendu possible par la finalité non lucrative de cette activité.

Or, dans le même secteur, mais s’agissant du covoiturage de colis (GoGoRunRun, You2You, Expédiezentrevous, Driivoo, Toktoktok…), la réponse semble paradoxalement - la sécurité des personnes n’étant pas en jeu - moins claire. Le Syndicat national du transport léger (SNTL) tente en effet d’alerter les pouvoirs publics devant le risque consistant, « sous couvert de transport écologique », à laisser faire « de nouveaux acteurs en dehors de toute contrainte légale et administrative ». Et les pouvoirs publics d’envisager, semble-t-il, dans une tradition bien française, de réguler cette nouvelle forme de concurrence, afin de ne pas fragiliser davantage le pavillon français.

Il est toutefois essentiel que, tout comme pour le covoiturage de personnes, opportunément distingué du modèle UberPop, nos gouvernants continuent en la matière à distinguer uberisation et collaboratif, de manière à permettre aux particuliers de mutualiser leurs véhicules pour en amortir la charge obligée. Et ainsi contribuer à répondre à l’équation - à ce stade non résolue - des livraisons dites « du dernier kilomètre », dont le coût prohibitif interdit le développement. Et ce, alors même qu’il s’agit, selon la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad), de l’un des enjeux les plus marqués de la croissance du marché des ventes, qui pourrait engendrer une croissance de 400 millions des colis à transporter vers les clients.

Ne « pas chercher à définir un secteur du numérique »

Nous ne pouvons dans ce cadre qu’adhérer aux recommandations du Conseil d’analyse économique qui, dans sa note « économie numérique » d’octobre 2015, préconise de ne « pas chercher à définir un « secteur du numérique », quels qu’en soient les contours, auquel s’appliqueraient des régimes particuliers ». Et de conclure qu’à l’inverse, « c’est l’ensemble des réglementations sectorielles qu’il convient de rendre plus dynamiques et accueillantes pour l’innovation numérique, en offrant un droit à l’expérimentation de nouveaux modèles d’affaires ».

Il est également à espérer dans ce même esprit, sur le plan fiscal, notamment, que des règles simples et efficaces permettront, comme l’a récemment suggéré la commission des finances du Sénat, à la fois d’éviter des effets d’aubaine et distinguer amortissements de charge (domaine de l’économie collaborative) et vraies recettes d’exploitation (domaine de l’autoentrepreneuriat et de l’économie uberisée).

Quand le système D à la française se trouve saisi par la technologie et offre des perspectives de croissance et d’accroissement du niveau de vie des citoyens, tout en mutualisant des sources de pollution et en générant de « licornes » à vocation internationale, il est temps que les pouvoirs publics s’inspirent a minima de la devise de Jean Cocteau : « puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur ».


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À l'heure d'Uber, des comparateurs en ligne et des réseaux sociaux, les pompes funèbres semblent figées trente ans en arrière. Mais l'arrivée de quelques start-up sur le marché est en train de dépoussiérer le secteur. « Depuis quelques mois, on a une floraison d'entreprises extérieures au marché qui lancent des concepts innovants, et ça fait du bien », explique Richard Féret, directeur général délégué de la Confédération des professionnels du funéraire et de la marbrerie (CPFM).

« Statistiquement, on enterre ses parents vers 57-58 ans, donc nos clients, jusqu'à présent, n'étaient pas très demandeurs », poursuit-il. Mais, une génération en chassant une autre, la demande de services augmente. « Quand, en 2009, j'ai lancé les devis en ligne, on m'a pris pour un dingue », raconte Richard Féret. Aujourd'hui, les sites de devis en ligne et de comparateurs sont légion. Et des produits un peu plus originaux sont en train de sortir de terre.

Coffrets

C'est le cas de Simplifia, une start-up lyonnaise qui entend « révolutionner » les obsèques. En 2011, encore étudiants à l'EM Lyon, Maxime Nory et Baptiste Dhaussy cherchaient un secteur où innover. « On s'est dit les pompes funèbres et on s'est lancés, sans appréhension », raconte Maxime Nory, aujourd'hui 28 ans, blondinet à l'allure juvénile. Leur premier produit cartonne : il est aujourd'hui vendu dans une entreprise de pompes funèbres sur quatre et 15 000 familles en auront profité en 2015.

Ce coffret, vendu 200 euros, propose d'effectuer à distance toutes les démarches administratives induites par un décès : clôture de comptes, assurances-vie, Sécu, résiliation EDF, etc. « Et en plus, souvent, on fait gagner de l'argent aux familles, car on connaît certaines clauses ou aides qu'elles ignorent », insiste Maxime Nory. « C'était un service qui n'existait pas du tout. Il y avait bien quelques modèles de lettres disponibles sur Internet, mais rien de plus », témoigne Christophe Biso, un de leurs clients dans les Bouches-du-Rhône.

« Web mémoriaux »

Mais Maxime Nory et Baptiste Dhaussy ne comptaient pas s'arrêter en si bon chemin. Ils ont donc mis au point un « TripAdvisor » des pompes funèbres où chaque structure est notée, commentée. Car, selon eux, ce secteur composé à 88 % de très petites entreprises a bien besoin d'un peu de transparence et de concurrence. Les commentaires sont effectivement utiles et rappellent les scènes les plus cocasses de la truculente série Six Feet Under. « Oubli de mettre les chaussures du défunt », relève par exemple Valérie S. pour une pompe funèbre lyonnaise, notée 5,3/10. À Paris, Geneviève D. souligne « la ponctualité et la discrétion » d'une enseigne en face de l'hôpital Lariboisière. « Je n'ai pas été déçue la première fois ni cette fois-ci », abonde Sylvie M.

Simplifia installe également des « Web mémoriaux », une page internet consacrée au défunt qui regroupe les informations concernant ses obsèques, recueille les messages de condoléances. En deux clics, il est possible de faire livrer des fleurs quand on est au bout du monde. Aujourd'hui labellisée « Pass French Tech », Simplifia emploie déjà 40 personnes et vise pour 2015 un chiffre d'affaires de 1,3 million d'euros. Pour 2016, ses dirigeants envisagent 30 nouveaux recrutements et un développement à l'international.

« e-faire-part »

D'autres structures proposent ce type de services, comme « enhommage.fr ». Basée dans le Nord, elle propose notamment des « e-faire-part », qui permettent de diffuser la nouvelle de la mort d'un proche, ou d'allumer une bougie virtuelle en sa mémoire. Des lieux de recueillement virtuels fleurissent également sur Internet, comme les sites celesteo.com, memoiredesvies.com ou jardindusouvenir.fr. Une alternative aux petites annonces dans le journal, archaïques pour les familles qui sont éclatées et vivent aux quatre coins de la France ou du monde.

Même si, depuis cinq ans, le site dansnoscoeurs.fr publie les avis de décès parus dans une cinquantaine de journaux régionaux et Le Figaro.


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Gaétan Supertino, journaliste chez Europe1, trace un tableau syndical interessant face à l'ubérisation. UNSA, SYNTEC, CGT, FO Cadres... Comment ils réagissent et ils se préparent à cette nouvelel forme de travail...

La France compte, depuis le 16 octobre, un nouveau syndicat : le SCP/VTC, où syndicat des chauffeurs privés et des voitures de tourisme avec chauffeur (VTC), rattaché à l'UNSA (Union nationale des syndicats autonomes). Ce petit nouveau est tout simplement un OVNI dans le paysage syndical français. Car c'est la première fois qu'une organisation de représentants de salariés, l'UNSA en l'occurrence, intègre dans ses rangs des représentants de travailleurs non-salariés. Pour beaucoup d'entre eux, les chauffeurs privés ou de VTC, sont des travailleurs indépendants, sans contrat de travail... mais dépendant d'un seul "donneur d'ordre", le fameux Uber par exemple. Ils sont à leur compte sans être véritablement patron, soumis au bon vouloir d'une seule entreprise.

La création du SCP/VTC reflète un problème grandissant dans une société qui s'offre de plus en plus au numérique : comment les syndicats peuvent-ils s'adapter à cette "ubérisation" du travail? Le numérique décuple les possibilités des entreprises en matière de relation avec leurs clients et leur main d'oeuvre. Elles sont désormais capables de vendre des services partout et tout le temps. Et cela bouleverse le monde du travail. Mais les syndicats sont-ils vraiment prêts ?

Qu'est-ce que "l'ubérisation" ?  Le terme "ubérisation" désigne une nouvelle forme d'économie, inspirée de la société "Uber". La société américaine propose une application qui permet de mettre en relation, en direct et 24h/24, les clients et des chauffeurs professionnels. Ces derniers ne sont pas salariés. Mais ils travaillent, dans les faits, en quasi-exclusivité avec Uber. Et lorsque ce dernier décide de revoir à la baisse ses prix ou de proposer des nouveaux services, cela se traduit par une baisse directe de revenu ou un bouleversement du quotidien pour ces chauffeurs. C'est arrivé récemment à ceux qui travaillent "pour" Uber à Paris. Et cela a donné naissance à ce nouveau syndicat SCP/VTC, dont le but est de défendre les intérêts de ces chauffeurs indépendants sans contrat, exclus du dialogue social.

SCP/VTC ne s'occupe que des chauffeurs privés, et il est bien seul dans le secteur. Or, "l'Ubérisation de la société" est en marche. Selon le rapport Mettling sur la "transformation numérique", remis récemment au gouvernement, un travailleur du numérique sur dix exerce son activité "hors du salariat". Une proportion qui augmente de près de 10% chaque année. L'une des formes les plus criantes de cette transformation est à l'œuvre chez les "turkers", tiré du nom "Amazon Mechanical Turk". Il s'agit là d'une plateforme mise sur pied par le géant de la distribution en ligne. Elle permet en quelques clics de mettre en relation Amazon et des webdesigners, des webmasters, des traducteurs ou des téléconseillers, qui facturent leur prestation à moindre coût. Très présente aux Etats-Unis, ces "turkers" commencent à arriver en France, comme le soulignait récemment Libération. En dehors de tout encadrement syndical.

Des nouvelles formes de syndicalisme se créent déjà… Cette question des travailleurs tenus à l'écart du dialogue social, conjuguée à toutes celles liées à la numérisation du travail (possibilité d'être connecté à toute heure, d'offrir des services 24h/24, multiplication des missions et des compétences…) pousse le syndicalisme à se réinventer. Aux Etats-Unis, l'association Freelancers Union se spécialise dans l'accompagnement de ces travailleurs indépendants 2.0. Forte de ces 225.000 membres, c'est le syndicat qui connaît la plus forte croissance. "De nouveaux collectifs numériques voient aussi le jour, tels Turkopticon et WeAreDynamo, qui regroupent les 'turkers'. Ils ont aussi créé des forums online, comme CloudMeBaby and TurkerNation, qui leurs permettent de peser davantage. Turkopticon permet par exemple aux utilisateurs de la plateforme d'Amazon de noter leurs employeurs anonymes, afin d'identifier les escrocs et les mauvais payeurs", décrypte le consultant spécialisé Martin Richer, dans un long article sur le site Metis.

… Mais elle restent timides en France. Ce type d'initiatives reste, pour l'heure, très isolé dans le monde et en encore plus en France. Il n'existe aucun syndicat de salariés propre au numérique. Et les organisations syndicales traditionnelles n'ont pas non plus de branche spécifique : elles laissent leurs branches "cadres" s'occuper de la question numérique.

"Les syndicats doivent s'uberiser à leur tour ! Ils doivent eux-aussi mettre en place des plateformes les plaçant en relation direct avec les travailleurs, et reliant les travailleurs entre eux", estime pour sa part Guy Mamou-Mani, président du Syntech, principal syndicat (patronal) du numérique en France. "Que les VTC se dotent d'un syndicat est une bonne chose. Mais ils avaient l'opportunité d'innover. Or, ils ont préféré créer un syndicat à l'ancienne", regrette Guy Mamou-Mani.

Les choses avancent, lentement. Pourtant, les choses semblent bouger. Et les syndicats français commencent à prendre conscience du sujet. "Le numérique met à plat toutes les formes classiques que l’on connaissait dans le monde du travail. Les personnes se connectent directement, de pair à pair. C’est une transformation de la relation à l’emploi. Des travaux de l’École des hautes études en sciences sociales parlent d’un travail bohémien", analyse ainsi Éric Pérès, secrétaire général de FO Cadres, dans une interview à Usine digitale, parlant du risque de voir émerger "des esclaves du monde numérique".

"Nous assistons à la création d'une nouvelle communauté de travail. Avec l'outil numérique, tout le monde peut travailler. Cela fait deux ans que nous réfléchissons vraiment sur ses questions", renchérit auprès d'Europe 1 Jean-Luc Molins, responsable de l'UGICT, la branche "cadres et nouvelles technologies" de la CGT. L'UGICT est d'ailleurs actuellement en train de tester "T3R1", une plateforme en ligne collaborative pour faire remonter la parole des travailleurs. Le but ? "Permettre des échanges entre nous, les travailleurs, y compris indépendants, et les donneurs d'ordre", explique Jean-Luc Molins. L'idée, à termes, étant de multiplier ce type de plateformes secteurs par secteurs.

La CFDT travaille également à mettre en place un réseau social pour "donner la possibilité d’accès aux adhérents en temps réel, et de créer des espaces collaboratifs réunissant les militants ayant les mêmes profils ou le même centre d’intérêt". Mais le risque est que le temps syndical ne soit pas en adéquation avec le temps de la "transformation numérique", qui s'écoule à toute vitesse. Éric Pérès, de FO Cadres, le reconnaît : "la réflexion n'en est qu'à ses débuts".


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Montée des emplois précaires, poussée des indépendants et avènement du numérique bouleversent les fondements du salariat. Et imposent une révision de notre système de protection sociale. Par Anne Rodier et Valérie Segond, journalistes au Monde. Les deux journalistes interrogent tout à tour Alain Supiot, professeur au Collège de France,  Pierre Cahuc et Corinne Prost économistes du Centre de recherche en économie et statistique (Crest), David Ménascé, auteur du rapport " La France du Bon Coin, Jacques Barthélémy, membre de la mission Combrexelle, Jean-Emmanuel Ray, professeur de droit, Bruno Teboul, membre de la chaire Data Scientist de l'Ecole polytechnique ou encore Sandra Enlart, sociologue du think tank Entreprises &  Personnel.

Le XXIe  siècle sera-t-il celui de la fin du salariat ? La question surgit de tous les débats préparatoires à la 4e conférence sociale, qui se penche lundi 19  octobre sur la sécurisation des parcours professionnels et de l'emploi bousculé par les transformations numériques. Sans aller jusqu'à dater cette fin du salariat, Alain Supiot, professeur au Collège de France, l'annonce. " Le travail ne peut ni ne doit être réduit à la forme historique particulière qu'il a prise dans les sociétés industrielles depuis le XIXe  siècle, c'est-à-dire l'emploi salarié à plein temps, écrit le juriste. La forme salariée n'est qu'un moment de la longue histoire du travail "(Critique du droit du travail, PUF, 284 pages, 13  euros).

La transformation du marché de l'emploi est déjà à l'œuvre. Depuis 2000, la durée des contrats de travail s'est réduite comme peau de chagrin.Entre 2000 et 2014, le nombre d'embauches en contrat à durée déterminée (CDD) de moins d'un mois ou en intérim a augmenté de 61  %. Hors intérim, la part des embauches en CDD très courts – moins d'un mois - – a atteint 70  % fin 2014, tandis que le nombre des recrutements en contrat à durée indéterminée (CDI) stagne. " Il s'agit d'une transformation profonde, les CDD longs étant remplacés par de multiples CDD courts ", analysent les économistes du Centre de recherche en économie et statistique (Crest) Pierre Cahuc et Corinne Prost.

" des mois à zéro "

Dans le même temps, le nombre d'actifs non salariés progresse. Ces entrepreneurs permanents ou occasionnels, autœntrepreneurs, pluriactifs, étaient 2,8  millions en  2011, en hausse de 26  % (+ 550 000 personnes) en cinq ans (Emploi et revenus des indépendants, Insee, édition 2015). Pour l'Insee, " le renouveau du travail non salarié s'inscrit dans une tendance à la diversification des formes d'emploi (…) à la frontière du salariat et du non-salariat. " Les autœntrepreneurs représentent un non-salarié sur cinq. Le marché du travail français est toutefoisencore très loin de la fin du salariat,puisque la part des non-salariés n'est que de 10  % des actifs, contre 15  % pour la moyenne européenne. Mais il constitue un puzzle dont les pièces qui se détachent sont de plus en plus nombreuses.

Précaires, vrais-faux indépendants, ils sont de plus en plus d'actifs à perdre protection sociale et sécurité économique au fil de leur parcours professionnel. Timothée Fallet, qui a travaillé cinq ans en indépendant dans le secteur de l'audiovisuel, témoigne : " J'ai longtemps vécu avec moins de 450  euros par mois, jusqu'à fin 2014, avec des mois à zéro. "Il a depuis créé son propre emploi à partir du son projet de Café sauvage, en coopérative d'activité et d'emploi. Si les indépendants se distinguent des autres travailleurs par le fait qu'ils n'ont pas de lien de subordination juridique permanent à l'égard d'un donneur d'ordres, ils ne bénéficient pas non plus de la protection du droit du travail liée au contrat de travail. C'est le cas de ceux qui vendent leurs microservices sur Internet. Généralisées par le numérique, ces microactivités, ont restauré le travail à la tâche. Des plates-formes Internet, comme Weclaim pour les services juridiques, VizEat pour les cuisiniers à domicile ou Textmaster pour la traduction, mettent en relation des particuliers ou des entreprises avec ces " crowdworkers " qui sont souvent des indépendants précaires.

D'autres n'ont ni la protection du droit du travail liée au contrat de travail ni la sécurité économique que leur confère la diversité de la clientèle propre au statut d'indépendant. Des formes hybrides de travail indépendant se sont ainsi développées, dans lesquelles les indépendants sont devenus dépendants. L'entrepreneur ou autœntrepreneur se voit imposer par l'entreprise dont il dépend son mode d'organisation. La plate-forme Uber, par exemple, fixe unilatéralement le prix des prestations. C'est elle qui en reverse le produit après avoir prélevé sa commission, elle qui définit un cahier des charges sur la tenue des chauffeurs et le service au client. Et encore elle qui, par un système d'incitations, encourage le prestataire à travailler le plus possible. " Juridiquement indépendants, les chauffeurs sont dépendants économiquement d'Uber, car sans elle ils perdent tout accès à leur marché ", explique David Ménascé, auteur du rapport " La France du Bon Coin " publié en septembre (note de l'Institut de l'entreprise).

Ces formes de travail échappent aux réglementations professionnelles, les plates-formes numériques étant des entreprises d'intermédiation, jamais rattachées aux secteurs qu'elles investissent (transport pour Uber, hôtellerie pour Airbnb, etc.). Elles échappent aux accords collectifs sur les salaires et souvent aux législations nationales du travail, puisque Internet ignore les frontières. Le phénomène, qui n'est pas franco-français, toucherait déjà 1  million de personnes en Allemagne. Le grand syndicat IG Metall a d'ailleurs créé en mai une plate-forme pour les fédérer et défendre leurs droits.

Le travail en est ainsi réduit à une marchandise, échangée en l'absence de toute règle juridique. Un résultat emblématique de " la fracture interne au droit du travail entre d'une part les travailleurs qui jouissent pleinement des droits de la personne garantis par le “contrat de travail typique” et d'autre part ceux qu'un “contrat atypique” rejette du côté du travail-marchandise ", explique Alain Supiot.

L'essor du numérique rend urgente une adaptation de la société à cette mutation. Déjà, les start-up s'affranchissent du code du travail. " Construites sur une organisation plus agile, structurée en mode projet, ouverte sur un écosystème ", ces sociétés se caractérisent par " la multiplication de l'emploi hors salariat ", souligne le rapport " Transformation numérique et vie au travail " remis le 15  septembre au ministère du travail par Bruno Mettling, DRH d'Orange. Les start-up et autres TPE s'appuient beaucoup sur le télétravail et des collaborateurs nomades que l'on retrouve dans les espaces de coworking ou au café avec leur portable. Le contrat de travail, qui fixe le lieu et la durée de l'activité, n'est pas adapté à ce mode opératoire.

Créer un troisième statut

Mais quelles règles changer pour protéger tous les actifs ? Le droit du travail ou la protection sociale ? Côté droit du travail, le rapport Sciberras-Antonmattei, réalisé en  2008 à la demande du ministère du travail, proposait de créer un nouveau statut, ni salarié ni travailleur indépendant, mais " travailleur économiquement dépendant ". Il concernerait les indépendants qui travaillent seuls, perçoivent au moins 50  % de leur revenu d'un seul donneur d'ordres et dont l'organisation dépendrait de l'activité du donneur d'ordres. Ce troisième statut permettrait de se libérer des contraintes de temps de travail, par exemple, mais bénéficierait de règles de protection sociale qui lui seraient propres : extension du régime des indépendants et mise en place de garanties spécifiques, notamment sur les accidents de travail, et plus de protection de l'activité professionnelle. Il aurait aussi ses propres instances de représentation professionnelle. Ce statut pourrait être mis en place par la négociation collective ou le législateur.

L'avocat en droit social Jacques Barthélémy, membre de la mission Combrexelle, propose, pour sa part, de créer un " droit de l'activité professionnelle " composé d'un socle de droits fondamentaux applicables à tous les travailleurs, quel que soit leur statut. Et il ajoute : " Le niveau de protection ne sera alors plus lié à l'appartenance à un statut mais au degré d'autonomie, donc de responsabilité. Dans cette quête, le concept de para subordination, que connaissent certains Etats voisins du nôtre, jouera un rôle essentiel, celui de catalyseur. "

Toutefois créer un troisième statut du travailleur " économiquement dépendant " comporte des risques : " Même si, intellectuellement, c'est séduisant, estime le professeur de droit Jean-Emmanuel Ray. D'une part, ce troisième statut déstabiliserait les deux autres ; d'autre part, cette innovation nécessite une définition juridique précise, avec la création d'un seuil au-delà duquel le travailleur n'est plus économiquement dépendant. Ce qui induira des effets de contournement de la norme, avec un risque réel de judiciarisation. " L'idée d'un statut de travailleur économiquement dépendant avait déjà été avancée dans les années 1930, avant d'être abandonnée.

Pour comprendre ce qui, de la protection sociale ou du droit du travail, doit être débattu en priorité, il faut rappeler pourquoi ce dernier a été créé. Il est né de " la nécessité de garantir la sécurité du travailleur ", rappelle Alain Supiot. Dans quel but ? " Assurer la reproduction de la force de travail. " Ce qui consiste à répondre non seulement " aux exigences biologiques de la reproduction de la force de travail ", à savoir la sécurité physique du travailleur dans l'entreprise, mais aussi " aux exigences sociales " qui permettent de maintenir l'actif dans la société (revenu minimum et protection sociale). Salarié, indépendant, dirigeant, dirigé, commerçant, agriculteur doivent donc être soumis à " un même principe de solidarité ".

C'est loin d'être le cas. Au-delà des droits à la retraite ou à la Sécurité sociale, sortir du salariat en CDI, qui est légalement la forme normale du contrat de travail, prive aussi les actifs de l'accès au logement ou au crédit. " Heureusement que j'avais été salariée durant vingt ans avant de me mettre à mon compte, témoignait ainsi une jeune femme aux entretiens de la cohésion sociale, le 8  septembre, à la Maison de la chimie, à Paris, car depuis que je suis autœntrepreneuse, la banque me refuse tout accès au crédit. "

" Les nouvelles formes de travail digital doivent permettre à chacun de vivre ", résume Bruno Teboul, membre de la chaire Data Scientist de l'Ecole polytechnique. L'enjeu n'est donc pas tant d'élargir ou d'alléger le droit du travail que d'élargir la protection de tous les actifs, en protégeant les transitions professionnelles. Pour ce faire, " on ne peut se limiter à une réforme du droit du travail ", affirme la sociologue Sandra Enlart, du think tank Entreprises &  Personnel. Elle propose de " repenser les intermédiations (Pôle emploi, plate-forme Internet, etc.) et de réinventer les formes de représentation professionnelle, comme l'Italie l'a déjà fait pour représenter les indépendants et les intérimaires. " Aux Etats-Unis, une nouvelle forme de représentation professionnelle a ainsi vu le jour : le Free-Lancers Union, qui défend les droits des free-lance et compte aujourd'hui 250 000 membres. " En France, Génération précaire a déjà lancé le mouvement, avec la défense des stagiaires et des précaires ", note Sandra Enlart.

" Chacun doit pouvoir se situer sur le marché du travail à partir de ce qu'il est, son âge, son rythme ", dit-elle. C'est là le véritable changement de paradigme à opérer pour " piloter l'emploi vers un projet social plutôt que vers une dégradation ". Le compte personnel d'activité (CPA), créé par le gouvernement et que le rapport de France Stratégie du 9  octobre recommande d'appliquer à tous les actifs sans distinction, pourrait être le début de la solution. Instauré par la loi Rebsamen, le CPA " rassemble - pour chacun - , dès son entrée sur le marché du travail et tout au long de sa - carrière - , les droits sociaux personnels utiles pour sécuriser son parcours professionnel - formation, pénibilité, assurance-chômage - . " Si France Stratégie est suivi dans ses préconisations, chaque actif devrait avoir son CPA au 1er  janvier 2017, date d'entrée en vigueur prévue par la loi. Ce projet, programmé aux débats de la conférence sociale, pourrait bien restaurer la sécurité économique et sociale pour tous.


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Ils s'appellent OMMi, Ikimo9 ou encore Somhome et bousculent le petit monde de l'immobilier en proposant des services plus efficaces et économiques que les acteurs traditionnels du marché. Une montée en puissance de ces nouveaux entrants qui obligent agences et sites de petites annonces à repenser leur métier. Julien Gagliardi est journaliste pour Atlantico. Il couvre l’actualité des entrepreneurs et des start-up. Il explique comment ces nouveaux entrants misent sur les défaut des agences immobilières et des sites d’annonces pour se faire peu à peu leur notoriété et leur succès. Les agents immobiliers traditionnels répliquent en mettant en avant la valeur ajoutée, la relation client et le niveau de professionnalisation. Extraits.

Dépoussiérer le secteur de l’immobilier, c’est le pari lancé par plusieurs jeunes entreprises. Leur but, rendre plus efficace et économique la recherche d’un bien à louer ou à acheter. Dans le viseur, des agences immobilières et des sites de petites annonces bien conscients que l’avenir de la profession se joue actuellement.

"Notre volonté, c’est de mettre fin au processus fastidieux qui consiste à visiter des dizaines d’appartements. Si vous vous déplacez, c’est que ça peut le faire" explique Jean-Philippe Bertin, cofondateur de SomHome.

A bientôt trois ans, la start-up parisienne, qui revendique près de 180.000 membres, propose un site d’annonces immobilières nouvelle génération. "Vous avez d’un côté des aspirants locataires qui entrent dans leur profil des critères de recherche et les détails de leur situation. De l’autre, des bailleurs décrivent le bien et leurs exigences en termes de candidats". Ensuite, l’algorithme fait le reste en remontant à l’utilisateur uniquement les annonces faites pour lui : un gain de temps et d’énergie non négligeable. "Le propriétaire n’est plus sollicité par des dossiers qui ne correspondent pas et les personnes en recherche n’ont pas de mauvaises surprises", promet l’entrepreneur qui voit en Somhome, "un site de rencontre immobilier". Il suffisait d’y penser.

Chez OMMi, un autre acteur de ce nouveau marché, la démarche est la même. Lancé en 2014, le site met l’accent sur la facilité d’utilisation. "Vous organisez votre dossier en ligne, en scannant vos fiches de paie, vos avis d’imposition etc. Dès qu’un bien vous plait, vous avez uniquement à candidater en un clic", explique Dov Haddad, cofondateur d’OMMi. Le système propose ensuite une liste au propriétaire en fonction de la pertinence du dossier. "On veut proposer une expérience de mise en relation plus simple, plus précise et plus personnelle". Et aussi plus économique, les deux services étant gratuits pour les utilisateurs.

Car c’est bien sur les travers des agences immobilières, et des sites d’annonces, que ces nouveaux entrants bâtissent peu à peu leur notoriété et leur succès. "Trop chères et trop lentes" pour les agences, "peu de valeur ajoutée" pour les SeLoger et autres PAP, les critiques ne manquent à l’encontre des acteurs historiques. Un phénomène qui rappelle celui des taxis, contraints de partager leur gâteau avec des VTC plus efficaces et qualitatifs grâce aux nouvelles technologies.

"La comparaison avec les taxis est loin d’être idiote", reconnaît Fabrice Abraham, président du réseau d’agences immobilières Guy Hoquet. "Ces acteurs sont encore faibles en termes de part de marché mais ils nous rappellent, comme avec les taxis, la nécessité de simplifier notre offre pour la rendre lisible cohérente, de développer des services personnalisés et de travailler à organiser nos consommateurs en communautés. Dans notre métier d’agents immobiliers, c’est une question de survie. Avant, notre métier c’était de vendre une information d’un bien à vendre ou à louer que l’on était le seul à détenir. Aujourd’hui ce n’est plus vrai, on doit réinventer notre métier."

Et Jean-Philippe Bertin d’ajouter : "En 2015, pour partir en vacances, vous n’allez plus dans votre agence voyage, vous passez par Kayak ou Ebookers. Comme sur ces métiers, les agences immobilières ont de moins en moins de valeur ajoutée, surtout, on a aujourd’hui tous les outils pour s’en passer".

Reste à savoir comment les acteurs historiques comptent organiser la riposte pour éviter de voir partir dans les prochaines années une clientèle locative estimée en 2014 à 1,5 million de transactions. "Nos efforts vont porter sur la certification de l’offre, le niveau de service que l’on va apporter au client", détaille Fabrice Abrahm chez Guy Hoquet. "Trop souvent, l’agent immobilier est épinglé pour sa mauvaise image qui résulte de trois griefs : sa valeur ajoutée peu perceptible, la déception dans la relation client et le niveau de professionnalisation de nos agents".

Le président de réseau d’agences immobilières, qui ne compte cependant pas se laisser faire, se voit obligé de proposer des garanties aux clients qui pousseraient la porte de ces agences. "On s’engage, si on ne vend pas dans les 90 jours, à ne pas prendre d’honoraires. Nous avons dû faire preuve de beaucoup de pédagogie auprès de notre réseau pour qu’ils prennent cet engagement. Notre salut passera également par plus de services personnalisés", pense Fabrice Abraham....


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Marie-Cécile Renault écrit le 04/10/2015 dans le Figaro un article sur l'ubérisation en cours des avocats.

La plateforme Legalstart propose des services juridiques aux TPE et PME à des prix défiant toute concurrence. Après la vague de la loi Macron, les professions du droit pourraient bien faire face à un tsunami, celui de l'ubérisation, auquel n'échappe plus aucun secteur ! Parce que recourir à un avocat ou un conseiller juridique reste obscur et coûteux, trois diplômés passés par Polytechnique, les Mines et Harvard ont créé la plateforme Legalstart.fr.


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Le Syndicat des Réseaux de Mandataires Immobiliers organisait en octobre 2015 son premier grand événement au Salon Hoche à Paris. Au programme, une conférence de presse suivie de deux tables-rondes sur le digital, le fil rouge de cette matinée.  Parmi les intervenants : les patrons des grands réseaux, mais également la FNAIM et SeLoger. Les acteurs comme I@D France, CapiFrance, Optimhome, SeLoger ou Le Bon Coin sont-ils en train de créer à leur tour un phénomène d'ubérisation du secteur ? Tirent-ils tous partie de la digitalisation ?

12 % : la part de marché revendiquée par les mandataires

Lors de sa conférence de presse, le SYREMI s’est notamment attaché à rappeler la différence entre un réseau de mandataires et un réseau immobilier classique, à expliquer les raisons du succès de ce modèle auprès des agents commerciaux - la surcommission notamment – et à réhabiliter encore et toujours la figure du mandataire, parent pauvre de la profession. Jean Lavaupot, le Président du syndicat, s’est également efforcé de rappeler que les agences avaient elles aussi largement recours aux agents commerciaux indépendants : "on compte 38 000 mandataires dans l’ensemble de la profession, dont 11 000 travaillent pour des réseaux de mandataires". Autre chiffre intéressant : les mandataires en réseau réaliseraient aujourd’hui 12 % des transactions de vente. « Nous gagnons un petit pourcent par an depuis la création du SYREMI » a expliqué le Président. C’est sans compter que le nombre de mandataires a lui aussi augmenté : I@D France rassemble aujourd’hui 2100 mandataires à lui tout seul quand l’acteur CapiFrance compte 1360 négociateurs.  

l’Uberiseur bientôt uberisé ?

Lors du colloque qui a suivi, le SYREMI a souhaité aborder la question de la « transaction immobilière à la lumière des autres modèles économiques bouleversés par le numérique ». Il a donc été question des Über, Booking et autres Amazon qui ont pris le pouvoir sur leurs marchés respectifs. Dans ce débat, les réseaux mandataires ne se sont jamais vraiment positionnés comme les « disrupteurs » du marché immobilier, mais ont plutôt pris le parti d’aborder la question à travers l’opposition « professionnels vs particuliers ».  "Booking et AirBnB se développent en parallèle alors qu’ils sont pourtant concurrents (…) nous ne sommes pas au bout de ce que peut apporter la technologie ; avec le numérique, nous avons vécu une évolution, mais pas encore la révolution" analyse Olivier Colcombet, DG d’Optimhome. La question du service apporté aux clients a également été au centre des débats. "En matière de géolocalisation par exemple, nous devons tous ensemble évoluer pour répondre aux demandes des internautes en faisant tomber les peurs liées au mandat simple" a plaidé Roland Tripard, Président du Directroire de SeLoger.

Sur le banc des intervenants, la présence du Vice-Président de la FNAIM chargé du numérique, Jean-Marc Torrollion, a été particulièrement remarquée - et saluée par le SYREMI. La hache de guerre serait-elle en passe d’être enterrée ? Enfin, on note la présence de seLoger et du site Le Bon Coin en tant que sponsors du colloque du SYREMI. Ces deux portails leaders ont récemment reçu les foudres de la FNAIM et de certains grands réseaux de franchises au sujet de leur politique tarifaire.


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Patrice Cristofini, european executive VP secteur santé de Huawei, Président d'Honneur de l' AFTIM et Jacques Marceau, président d'Aromates, fondateur des Assises de l'Innovation Thérapeutique publient sur La tribune un article sur la "révolution digitale" et son impact sur le secteur de la santé jusqu'à présent très préservé des grandes transformations économiques. D'après eux, si les mécanismes de protection de la propriété industrielle et de la régulation ont tenu la santé à l'écart de phénomène, l'arrivée du big data et le passage du curatif au préventif pourraient avoir raison de cet état de fait. Extraits.

 

Autant de barrières à l'entrée qui l'ont, et jusqu'à présent, mis à l'abri des ruptures observées dans les autres secteurs de l'économie. Aussi, ceux qui continueront de penser que la santé n'est pas un domaine comme les autres, et donc difficilement remis en question par un modèle innovant, en seront, et de toute évidence, rapidement pour leurs frais. Force est cependant de constater que les freins à « l'ubérisation » du secteur de la santé n'ont pas trop mal fonctionné jusqu'à présent et ont permis à ses acteurs de se préparer « au grand saut » en repensant tant l'organisation de la prévention et des soins que leur financement.

Le changement du risque

C'est ainsi que les financeurs complémentaires de l'assurance de personnes et de la santé, comme les mutuelles, les instituts de prévoyance, les assureurs ou les sociétés d'assurance mutuelle, se sont tous engagés dans une réflexion et ont parfois déjà mis en œuvre la refonte de modèles dont les fondamentaux sont aujourd'hui remis en question. En effet, et c'est sans doute le premier facteur de changement (qui au passage n'a rien de numérique) : la nature même du risque a évolué avec la prévalence des maladies chroniques et le vieillissement de la population d'une part, et le renchérissement sensible des nouveaux traitements et plus généralement du progrès thérapeutique d'autre part. En d'autres termes, plus de malades et qui coûteront plus cher.

L'arrivée du big data

Dans le même temps, les systèmes et les outils de la « gestion » du risque se modernisent, notamment grâce aux technologies du big data qui sont sur le point de transformer son actuelle approche statistique en une approche prédictive qui ne manquera pas d'avoir des conséquences sur les principes de répartition et de solidarité.
Ces financeurs gestionnaires du risque pourraient donc bien être amenés, à la faveur de ces mutations et du développement des technologies numériques connectées, à se muer en gestionnaires de la bonne santé de leurs assurés.

Le fameux passage du curatif au préventif, du « cure » au « care ». Devenir celui qui accompagne non plus seulement le parcours de soins , mais le parcours de santé de toute une vie.
Ils y sont d'ailleurs d'ores-et-déjà poussés par la part croissante du collectif en complémentaire, sur-complémentaire et supplétif, à la faveur de la mise en œuvre de l'ANI(1) qui va permettre de catalyser la construction de réponses intégrées, nouvelle génération de médecine au travail, comme l'offre « Entreprise Territoire de Santé » du groupe Malakoff Médéric. Des offres qui nécessiteront une parfaite maîtrise des données et de leurs usages sécurisés. Mais aussi de nouveaux modèles économiques qui pourront émerger d'une redéfinition de la part des complémentaires et du reste à charge pour le citoyen assuré social.

Les effets positifs de changements de comportements

Cette partie de « sur-complémentaire » pourrait en effet constituer la réponse au financement de l'innovation digitale et des nouveaux services connectés proposés aux adhérents. Tout cela en contrôlant une possible augmentation des coûts de l'enveloppe globale de l'assurance proprement dite au profit de services digitaux dans une nouvelle répartition. A contrario, ces coûts supplémentaires devraient être contrebalancés par les effets positifs de cette nouvelle capacité à éduquer et à assurer un suivi personnalisé notamment auprès des malades chroniques et des personnes âgées.

A moyen terme le renforcement du rôle des plateformes de services, à l'instar de ce que proposent déjà les TPA - Third Party Administrator (2) dans certains pays, sera sans doute déterminante pour permettre une réduction des coûts tout en maintenant un niveau de garanties et de qualité élevés, tant pour les entreprises que les citoyens dans l'assurance de personnes. 
Ainsi transformées, les complémentaires santé seront parfaitement positionnées pour apporter à leurs adhérents et aux entreprises, bien plus que le simple remboursement de soins, une palette infinie de services au bénéfice de la santé humaine et du progrès social.

(1) ANI (Accord National Interprofessionnel) : loi relative à la généralisation de la complémentaire santé.
(2) Les TPA, Third Party Administrator sont des instances tierces missionnées pour assurer la gestion des assurances de salariés


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Animé par la Fédération Nationale des auto-entrepreneurs (FNAE), cet observatoire a pour but d'analyser l'ubérisation, d'apporter un constat précis et de proposer des pistes de réflexion autour de la réforme du code du travail, du dialogue social, de l'évolution du Droit, de la protection des travailleurs affiliés aux plateformes...

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